On ignore tout de la jeunesse d’Ernest James Gerrard ; sa vie n’apparaît dans les archives qu’à l’âge adulte, lorsqu’il prend racine dans le Lancashire, au cœur de l’effervescence de l’industrie sidérurgique anglaise. Il devient alors assistant du directeur des travaux dans des laminoirs de fer et d’acier, menant une vie tranquille avec son épouse Mary Jane et leur fille, Enid Leyland, née en 1903 dans le Cheshire. En 1911, Gerrard fait preuve d’un esprit inventif en déposant un brevet pour un nouveau type de rouleau de laminoir. Publié l’année suivante sous le titre Improvements in Rolling Mills for Rolling Sheets of Metal, ce dispositif visait à réduire les fréquentes ruptures des rouleaux traditionnels et témoigne de son sens pratique allié à la rigueur technique.
La mort de Mary Jane en 1919 bouleverse sa vie. Il quitte alors son poste et s’installe avec sa fille et sa nièce, changeant de métier pour devenir voyageur de commerce chez Benson Bros Ltd. Dans l’Angleterre de l’après-guerre, marquée par le deuil et les bouleversements sociaux, Gerrard se tourne vers le spiritualisme, alors très en vogue. Il devient membre actif d’une église spiritualiste et participe, en 1925, au financement du Britten Memorial, en hommage à Emma Hardinge Britten, figure emblématique du mouvement. C’est probablement à cette époque qu’il découvre ses talents de médium, notamment pour le dessin automatique.
Ses œuvres, réalisées à l’encre ou aux crayons de couleur — souvent sur des papiers estampillés « Lancashire Steel Corporation » — sont peuplées de spirales et de tourbillons, évoquant des forces cosmiques et des visions célestes. Certaines incluent de l’écriture spéculaire, lisible uniquement dans un miroir, que les spiritualistes interprétaient comme une communication des esprits. Les textes accompagnant ses dessins parlent souvent de lumière, de résurrection et d’élévation spirituelle, révélant l’intensité de sa quête intérieure.
Biographie établie à partir de recherches menées par Philippe Eternod