Theodor Wagemann passe son adolescence à faire de la contrebande de nourriture dans le petit village situé près d’Aix-La-Chapelle où il grandit. Un jour, les douaniers le surprennent et lui tirent dessus afin de l’intimider. Cet incident le marque assez pour qu’il se renferme progressivement sur lui-même. S’il échappe au programme nazi d’extermination des malades mentaux grâce à son médecin de famille, Wagemann subit néanmoins une stérilisation forcée. Il se met peu à peu à accumuler des déchets dans sa chambre, à tel point que ses proches décident de le faire interner à l’âge de 61 ans. À l’hôpital, il se met alors à dessiner de façon intensive, bien souvent sur du papier sulfurisé qu’il récupère dans les cuisines. Wagemann a réalisé des portraits de dignitaires nazis, dont près de huit cents d’Adolf Hitler. Ses dessins sont accompagnés de texte au verso de la feuille et de slogans xénophobes mêlés à des séries de chiffres indiquant des dates, toutes associées au IIIe Reich. Son univers iconographique renvoie également à des scènes bibliques ou à des personnages de l’actualité qu’il découpait dans des magazines.