Horst Ademeit consacre les quarante dernières années de sa vie à inventorier l’influence nocive des « rayons froids » sur lui-même et son environnement. Ainsi prend-t-il des milliers de polaroïds, puis des photos numériques, tous numérotés et datés, qui répertorient ses observations quotidiennes. Sur la bordure des polaroïds, d’une écriture presque illisible, il note les odeurs, la nature des sons et les ambiances présentes lors de la prise de vue. Il dépose sur sa table des journaux (le BILD-Zeitung en particulier), des lettres, de la nourriture, et calcule l’intensité des rayons froids au moyen d’un compteur Geiger, d’un luxmètre ou d’autres instruments de mesure. « C’est uniquement une question de temps, mais je vais finir par vous prendre en flagrant délit ! » Il a également fabriqué à l’aide d’un tour à bois des centaines de petites sphères, qui, placées sur son corps, lui servent à conjurer les « rayons froids ». Ce travail d’inventaire, la logique de son système déterminent le déroulement de sa journée.
A.C.M.
Enfant d’une grande timidité, Alfred Marié s’oriente vers le métier de peintre en bâtiment. Incité par un ami, il entre en 1968 à l’Ecole régionale supérieure d’expression plastique de Tourcoing, qu’il quitte au bout de cinq ans, détruisant alors les travaux qu’il y a réalisés. En 1974, il rencontre Corinne, qui devient sa compagne et un soutien nécessaire à son œuvre ainsi qu’en témoigne le nom d’artiste qu’il adopte : A.C.M. – Alfred Corinne Marié. Au bout de deux ans d’errance, le couple s’installe dans la maison familiale d’Alfred, à l’abandon depuis plusieurs années. Tout en la reconstruisant, A.C.M. reprend son travail artistique et investit l’atelier de son père, un ancien tisserand. Il sélectionne d’abord des pièces extraites de vieilles machines à écrire, réveils, transistors, ou composants électroniques, fils électriques, etc., puis, après les avoir nettoyés, il les métamorphose à l’acide et les oxyde pour les assembler par collage. Il bâtit ainsi des architectures, sortes de cathédrales ou de bateaux, des labyrinthes peuplés de miroirs.



























