Trisomique, devenue sourde et muette, Judith Scott est jugée « débile profond » et, si elle a pu rester les premières années de sa vie avec sa famille, passe ensuite plus de trente-cinq ans dans des institutions, jusqu’à ce que sa sœur jumelle obtienne sa tutelle légale. À partir de 1987, elle est accueillie à l’atelier du Creative Growth Art Center*, où commence pour elle une nouvelle vie, une vie d’artiste aujourd’hui reconnue comme exceptionnelle. Elle emballe, cache, protège, isole toutes sortes d’objets – bâtons, anneaux métalliques, branches, bout de tubes en cartons, pièces de bois – avec des fils de laine de couleurs différentes. Certaines sculptures font songer à des cocons ou à des fragments corporels, d’autres rappellent des totems.
A.C.M.
Enfant d’une grande timidité, Alfred Marié s’oriente vers le métier de peintre en bâtiment. Incité par un ami, il entre en 1968 à l’Ecole régionale supérieure d’expression plastique de Tourcoing, qu’il quitte au bout de cinq ans, détruisant alors les travaux qu’il y a réalisés. En 1974, il rencontre Corinne, qui devient sa compagne et un soutien nécessaire à son œuvre ainsi qu’en témoigne le nom d’artiste qu’il adopte : A.C.M. – Alfred Corinne Marié. Au bout de deux ans d’errance, le couple s’installe dans la maison familiale d’Alfred, à l’abandon depuis plusieurs années. Tout en la reconstruisant, A.C.M. reprend son travail artistique et investit l’atelier de son père, un ancien tisserand. Il sélectionne d’abord des pièces extraites de vieilles machines à écrire, réveils, transistors, ou composants électroniques, fils électriques, etc., puis, après les avoir nettoyés, il les métamorphose à l’acide et les oxyde pour les assembler par collage. Il bâtit ainsi des architectures, sortes de cathédrales ou de bateaux, des labyrinthes peuplés de miroirs.



