DARGER henry

1892 — Chicago — Illinois — États-Unis

1973 — Chicago — Illinois — États-Unis

DARGER.Henry.R-V.0881

Henry Darger avait quatre ans lorsque sa mère mourut en couches, après avoir donné naissance à une sœur immédiatement confiée à une famille d’accueil. Lui-même fut placé dans un foyer à l’âge de huit ans, puis interné dans une institution pour enfants dits attardés, d’où il s’échappa à dix-sept ans. Au début des années 1920, on le retrouve employé comme homme de ménage dans un hôpital de Chicago, où il restera jusqu’à sa retraite, en 1963.
Rien dans cette vie discrète ne laissait présager ce que Nathan Lerner, le propriétaire de la chambre que Darger louait, découvrirait après le départ de ce dernier en maison de retraite, en 1972 : une saga de quinze mille pages réparties sur quinze volumes, largement illustrée, intitulée In the Realms of the Unreal [Dans les royaumes de l’irréel]. Cette œuvre monumentale, commencée entre 1910 et 1912, avait été produite dans le plus strict secret. Le récit met en scène le combat des jeunes sœurs Vivian contre le peuple adulte des Glandeliniens, qui réduit les enfants en esclavage, les torture et les assassine.
Le texte fut ensuite enrichi de grandes planches panoramiques aquarellées, recto verso, agrémentées de divers collages. À partir de 1946, Darger se servit d’agrandissements photographiques et de calques, ce qui lui permit de reproduire plusieurs fois une image et de créer ainsi de véritables armées d’enfants « clonés ». À Kiyoko Lerner, qui lui demandait chaque dimanche, après la messe, comment il allait, il répondait : « Demain, peut-être, le vent cessera de souffler. »
La première exposition de cette œuvre hors norme eut lieu grâce à Lerner lui-même, artiste, au Hyde Park Art Center de Chicago, en 1977.