Abandonné par un père alcoolique à l’âge de sept ans, Adolf Wölfli est placé comme valet de ferme et ballotté de famille en famille. À dix ans, il perd sa mère, qu’il adorait. Adulte, il est arrêté à plusieurs reprises pour attentat à la pudeur, avant d’être finalement interné à l’hôpital psychiatrique de la Waldau, où il restera jusqu’à la fin de ses jours.
Durant les cinq premières années, son état mental se détériore, et il est la proie de crises d’hallucinations répétées. Vers 1900, il commence à dessiner, à écrire et à composer de la musique. Le docteur Walter Morgenthaler, affecté à l’hôpital en 1907, s’intéresse à son travail et le reconnaît alors comme un artiste à part entière, lui consacrant un ouvrage publié en 1921.
L’œuvre de Wölfli comprend des centaines de dessins, des partitions musicales, des collages et de très nombreux écrits, formant une biographie imaginaire de vingt-cinq mille pages. « C’est à la suite d’une grave maladie contractée lorsque j’avais huit ans, c’est-à-dire à partir de ce moment-là, que j’ai directement et radicalement tout oublié », écrit-il. À partir de là, Wölfli peut tout ré-inventer : l’histoire, la géographie, la religion, la musique… Il aspire à dominer la Création, l’Espace et même l’Éternité.
Dans ses écrits, il manipule le langage, le « réforme » et forge un nouveau vocabulaire. Dans ses dessins, il invente des associations inédites de perspectives : la réunion de plusieurs points de vue révèle des réseaux complexes où les éléments ornementaux, comme les portées musicales, remplissent à la fois une fonction décorative et rythmique.
Wölfli se nomme lui-même « Saint » ou « Empereur », relatant dans un récit dense et coloré une enfance fictive. En 1928, il entame la composition de sa propre marche funèbre, un requiem de plusieurs milliers de pages que la mort ne lui permettra pas d’achever.



