Janko Domšić est arrivé en France dans les années 1930. On sait peu de choses sur lui : il aurait reçu une éducation élémentaire, connu la prison, vécu à Toul et travaillé à la construction de chemins de fer. À Paris, il mène une vie de pauvreté, logeant dans un simple couloir d’un modeste immeuble près de la place de Clichy.
Ses dessins, réalisés au crayon de couleur, au stylo à bille et au feutre, mêlent figures géométriques et textes en français, croate et allemand. Ces textes, qui évoquent des fragments de sa vie, des extraits de chansons politiques ou encore des références à Dieu, constituent le cœur de son œuvre. Son vocabulaire renvoie tant à des idées mystiques et au code moral de la franc-maçonnerie qu’à la politique et à l’économie. Des symboles puissants — pentagramme, svastika, dollar, faucille et marteau soviétiques, croix orthodoxe — s’inscrivent parmi des rayons venus du ciel, structurant une œuvre volontairement codée et résolument énigmatique.
Cette création a été découverte en 1978 par Alain Bourbonnais. Jean Dubuffet, à qui il avait montré sa trouvaille, fut immédiatement séduit par la qualité exceptionnelle de ces dessins. Domšić avait caché une trentaine de ses plus beaux travaux, dont quatre grands formats. À sa mort, la gardienne de l’immeuble les jeta sur le trottoir, mais un voisin les récupéra et les céda en 2004 à la collection Decharme.
















