Maria Faustina Stefanini passe sa petite enfance en Italie avant que son père traverse les Alpes à la recherche d’une meilleure vie en France. Celui-ci s’arrête en Haute-Savoie dans le village de Thônes et y reprend un commerce. Maria Faustina Stefanini, devenue Mariette en France, aide son père à la boutique. Très jolie fille, d’un caractère fort et libéré, elle connaît de nombreuses liaisons et donne naissance à deux enfants qu’elle finit par abandonner à l’Assistance publique.
Sa vie bascule quand elle décide de devenir comédienne. La grande vie parisienne lui sourit et elle épouse le marquis de Thèze qu’elle quitte aussitôt. En guise de vengeance, celui-ci la fait arrêter à la fin de la Deuxième Guerre mondiale pour espionnage. Incarcérée à la prison de Nontron, la marquise parvient néanmoins à recouvrer sa liberté, sans doute grâce à son pouvoir de séduction. Désormais elle vit solitaire à Lamalou-les-Bains, dans l’Hérault.
On ne lui connaît aucune formation artistique et pourtant elle crée, sur une période d’un ou deux ans seulement, une œuvre techniquement maîtrisée, à la fois libre et inventive, constituée d’environ trois cents dessins au fusain, le plus souvent réalisés sur des factures de station-essence Mobil Oil. L’obsession de la déchéance physique y est constante. Sa propre histoire y semble décrite sur un mode fiévreux et hallucinatoire – sa famille rapporte qu’elle était très proche du milieu médiumnique.
Noël 1970, un papier sur sa porte indique : « Partie en voyage ». Intriguée, sa voisine fait forcer la serrure, trouve la marquise affaiblie et découvre avec stupéfaction tous les murs de son appartement recouverts de fresques dans le même style que ses petits dessins. Maria Faustina Stefanini meurt à l’hôpital quelques jours après.
A.C.M.
Enfant d’une grande timidité, Alfred Marié s’oriente vers le métier de peintre en bâtiment. Incité par un ami, il entre en 1968 à l’Ecole régionale supérieure d’expression plastique de Tourcoing, qu’il quitte au bout de cinq ans, détruisant alors les travaux qu’il y a réalisés. En 1974, il rencontre Corinne, qui devient sa compagne et un soutien nécessaire à son œuvre ainsi qu’en témoigne le nom d’artiste qu’il adopte : A.C.M. – Alfred Corinne Marié. Au bout de deux ans d’errance, le couple s’installe dans la maison familiale d’Alfred, à l’abandon depuis plusieurs années. Tout en la reconstruisant, A.C.M. reprend son travail artistique et investit l’atelier de son père, un ancien tisserand. Il sélectionne d’abord des pièces extraites de vieilles machines à écrire, réveils, transistors, ou composants électroniques, fils électriques, etc., puis, après les avoir nettoyés, il les métamorphose à l’acide et les oxyde pour les assembler par collage. Il bâtit ainsi des architectures, sortes de cathédrales ou de bateaux, des labyrinthes peuplés de miroirs.



