Aloïse Corbaz a 11 ans lors du décès de sa mère. Bachelière en 1906, elle vit une aventure sentimentale avec un étudiant – une relation à laquelle sa sœur met violemment fin – et rêve de devenir cantatrice.
Expatriée en Allemagne en 1911, elle y travaille comme institutrice, puis comme gouvernante, notamment à Potsdam à la cour de l’empereur Guillaume II, dont elle s’éprend passionnément. Elle développe des troubles psychologiques à l’âge de 27 ans, et la déclaration de guerre l’oblige à revenir en Suisse. Hospitalisée à partir de 1918, elle est internée à l’asile de la Rosière de 1920 jusqu’à sa mort.
Si, durant les premières années, elle s’isole et a des accès de violence occasionnels, elle s’adapte progressivement à la vie hospitalière. Dès son arrivée à la Rosière, elle se met à écrire et à dessiner en cachette, mais ce n’est qu’en 1936 que le directeur de l’hôpital, Hans Steck, commence à s’intéresser à ses travaux.
Corbaz dessine un flot de personnages aux yeux bleus sur le recto et le verso de chaque feuille de papier, le plus souvent avec des crayons de couleur et des craies grasses, mais aussi parfois avec du suc de pétales ou du dentifrice. Pour dérouler ses récits, elle coud entre elles plusieurs feuilles à l’aide de fils de laine.
Elle affirme avoir été frappée par une mort symbolique, consommant sa rupture avec le « monde naturel ancien d’autrefois », et être née à nouveau pour devenir la grande ordonnatrice d’une œuvre peuplée de fleurs, de rois, de reines, de princes et princesses voluptueuses, de gâteaux et de cirques, de célèbres et légendaires histoires d’amour : une immense galerie de portraits tout à la fois somptueux et fantomatiques, de masques foisonnants et inexpressifs. En 1946, sa médecin généraliste Jacqueline Porret-Forel entre en contact avec Jean Dubuffet qui, en 1948, expose ses dessins sous le nom d’Aloïse à Paris à la galerie René Drouin.





